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Les histoires racontées par la population

Jean raconte le monde enchanté de la forêt

La forêt appartient au monde enchanté des fêtes de Noël et du bout de l’An. Elle en est la parure. Elle nous apporte un peu de sa légende et de son mystère. Depuis qu’il était enfant, Jean, aujourd’hui paysan retraité, en a fait son univers. Il en a percé les secrets. Chemin faisant, un matin de décembre, il raconte…

Dans le lointain, quinze heures sonnent au clocher de Plumaugat. Midi n‘a pas chassé la brume matinale. Elle enveloppe l’étang niché au creux de la forêt. Les allées du bois sont toutes blanches de givre.

Mains dans les poches, béret solidement vissé sur le crâne, Jean Boivant marche de son pas tranquille. Regarde à gauche, à droite, en haut, en, bas. Au bruit des ailes, il sait quel oiseau s’est envolé du taillis que nous venons de dépasser. Parfois, il s’arrête. Soulève une ronce, écarte une fougère. Pour savoir si le renard est passé par là. Le renard est l’un de ses animaux favoris. Mais Jean aime aussi toutes les bêtes -des insectes aux oiseaux- qui peuplent la forêt. Un monde merveilleux, un peu fou. Le sien.

Jean est né à deux pas. A « La Ville Allouet ». La dernière ferme avant le bois de Broons (Côtes-du-Nord). Tout gosse, en suivant son père, puis tout seul, il a appris à aimer et connaitre la forêt.

« Plus j’en apprenais, plus je voulais apprendre. »

« Quand on gardait les vaches dans les près, près du bois, on regardait les oiseaux faire leur nid, comment ils s’approvisionnaient… » Ainsi il a remarqué des tas de choses marrantes : « l’engoulevent, par exemple, pour échapper à ses ennemis, il se confond avec la forme de la branche où il se perche. Ou encore le lièvre : jusqu’à trois ou quatre mois, il n’a pas l’odeur du gibier. Ni le renard, ni le chien ne l’embêtent, même s’ils passent tout près de lui… ». Enfant, tout l’émerveillait.

Depuis quelques années, l’heure de la retraite a sonné pour Jean. Un frère, plus jeune, lui a succédé à la tête de l’exploitation familiale où il avait commencé à travailler à 11 ans et demi. Il était l’ainé de huit enfants. Maintenant, il a du temps pour arpenter la forêt amie. Et regarder. C’est sa joie quotidienne. La même joie qu’il connaissait déjà, tout jeune, devant les beautés de la nature.

On avance par les chemins forestiers aux ornières gorgées d’eau. Jean s’est taillé un bâton dans une branche et fouille le sol machinalement. Mais rien ne bouge : pour beaucoup d’habitants des bois familiers, c’est l’hibernation totale. « L’été, rien ne m’amuse tant que de regarder une fourmi », dit Jean.

Une fois, suivant ainsi quelques insectes en procession, il a pénétré l’un des secrets de la forêt : une « allée couverte » de l’époque mégalithique enfouie dans le taillis.

« Le renard mon meilleur copain ».

Homme sage, il se moque du langage des technocrates et bureaucrates qui nous gouvernent. « La connaissance, c’est d’abord savoir observer. » Foutaise à ses yeux sont « les beaux discours des apprentis sorciers qui ne savent pas digérer le progrès ». Calmement, Jean les prévient eu nous avertit : « La nature est menacée. Il est grand temps qu’on fasse quelque chose pour la sauver. Sinon ce sera bientôt la fin des haricots. »

Comment le sait-il ? « La forêt a changé depuis mon enfance. Elle est presque vide maintenant. Où sont les lapins, Les daims, les cerfs, les biches, le rossignol, le loriot ? Même la pie est partie. C’est dommage car elle s’attaquait aux vers blancs, aux mulots… Chaque animal a son rôle dans la nature. S’il disparait, c’est le déséquilibre, le danger… »

Quel itinéraire suit-il en nous emmenant ainsi, toujours plus avant, bifurquant, s’arrêtant, écoutant ? Allez savoir. « Avant, dit-il, la forêt était moins fatigante. Les allées n’étaient pas au cordeau comme aujourd’hui. Il y avait des tournants… » Cependant, très vite, au vent de la colère, a succédé la douceur, la poésie retrouvée. Après tout, que les allées soient rectilignes, il s’en moque ! « Les paysans, on ne va jamais en ligne droite. » Sa « curieuse façon de marcher » (comme il dit) lui permet de rencontrer, au cours de ses longues promenades solitaires, toutes sortes d’amis. « Le lausard, une espèce de serpent, pas dangereux, qui s’enroule amicalement autour de ma patte ; la huppe, un oiseau multicolore ; le renard mon meilleur copain » …

Là, il a stoppé, puis est parti vers le fourré à la recherche d’un terrier, sans succès. D’ailleurs, donnerait-il ses caches au premier venu ?

A l’écouter, la forêt devient « le pays du merveilleux ». Un livre avec autant de chapitres que de saisons. Il a repris sa marche et il raconte :

« Le printemps, d’abord. Tout redémarre. Les hirondelles l’annoncent avant le coucou. » C’est l’époque de la nidification. « La plus belle. » Le temps de tourner quelques pages et nous voilà en été. « C’est plus calme. La chaleur écrase tout. ». Jean aime moins cette saison. « En juillet et en août, les paysans n’ont pas le temps de se promener. » Et très vite c’est l’automne. « La chute des feuilles. L’arrivée de certains migrateurs comme la bécasse. C’est aussi la saison bénie des champignons. » Mieux que personne – « dans les anciens charrois où passaient les chevaux » - il sait trouver cèpes et têtes de nègre. « Le soir on les mange grillés sur la braise avec du pain et du beurre. Quel régal !

Les marrons et châtaignes, ensuite, annoncent l’hiver. « Un temps d’arrêt. Le repos de la nature. La forêt semble toute endormie. Mais… L’hermine est là, toute blanche. Les étourneaux, de retour de Russie et d’Afghanistan, peuplent les sapins. Le rouge-gorge roulera quelques mois ici avant de repartir vers la Scandinavie… »

Il en parle et les voici. Trois rouges-gorges qui s’envolent devant nous, après un clin d’œil à leur ami. L’ami de tous, sans autre arme qu’un bout de bois. Sans doute, il a chassé jadis. Braconné ? « Jamais de la vie. » Mais ses yeux se plissent. Il est comme le renard et il dit : « C’est toujours ce qui est défendu qui est le plus plaisant. »

« Entendre causer la forêt »

De toute façon, il a définitivement raccroché son fusil. « Les chasseurs ne prennent plus le temps de regarder. » Lui veut le prendre. C’est pour cela que tous les jours, il va dans le bois. « On ne s’en fatigue pas. Je vais voir le temps qu’il fait de l’autre côté. » Éternel célibataire, les arbres de la forêt sont un peu ses enfants. Il les a vus naitre, grandir et parfois mourir. « Tiens, ce sapin, il a eu treize ans cette année. » Et ce chêne ? « Il est mort l’an dernier. »

Le jour est trop court pour cet amoureux de la forêt. La nuit aussi, il va voir « sa belle ». « C’est le monde du silence. Mais il doit y avoir du bruit. « Mes chats, eux, l’entendent causer la forêt. »

Rien ne l’arrête dans ses observations. Ni le froid, ni la neige. « Il y a toujours quelque chose à voir. » L’hiver, par exemple « il s’amuse » à regarder le sanglier. « Il a un gros nez fin. Il montre où sont les truffes. » Et quand Jean ne regarde pas, il « écoute le sifflement du vent dans les aiguilles des sapins. » Une bien belle musique de Noël.

Jean est heureux dans sa forêt mais il ne veut pas garder son bonheur pour lui seul. « L’homme a besoin de communiquer ». Aussi chaque samedi soir va-t-il à la messe à Plumaugat « pour voir des hommes ». Et peut-être bien que lui -l’anarchiste dans l’âme » - prie pour que « les hommes plantent à nouveau des haies et des arbres. Afin que les oiseaux puissent faire leurs nids et que demain les enfants sachent ce qu’est une noix, un gland, une châtaigne… »

 

Article du 30 décembre 1976 d'Yvon Lechevestrier sur des photos de Jacques Deroost

Le four par Bobby

Le fonctionnement du four de Plumaugat raconté par Bobby

Ce type de four à pain était particulièrement gourmand en bois. Il fallait plusieurs fagots pour l'allumer puis une dizaine pour chauffer la 1ère fournée de pain. Il fallait ensuite remettre 7 ou 8 fagots pour chacune des 3 fournées quotidiennes : 2 le matin et 1 l'après-midi en général. Mais pour la toute 1ère mise en température, il était nécessaire de le faire chauffer plusieurs fois la semaine précédant la 1ère fournée. Il restait alors chaud pendant 7 jours.

A l'origine des fagots étaient échangés par les agriculteurs contre des tickets de pain.

Le four cuisait environ 100 pains par fournée à une température comprise entre 250 et 300°. Il fallait 2 à 3 heures de cuisson selon la taille du pain. Le four restait chaud 5 à 6 heures pour fonctionner en rechargeant le bois et mettait plusieurs jours pour refroidir complètement. En fait, le four restait en température toute l'année.

La température du four devait être contrôlée. La méthode consistait à enrouler une feuille de journal autour d'un caillou, posé sur la pelle enfournée 3 à 4 secondes au fond du four puis retirée lentement. Si le papier brûlait, le four était trop chaud, s'il noircissait, le pain aurait fait de même sans vraiment cuire à l'intérieur. Si le papier brunissait, le four était à la bonne température et le pain sortait de la couleur du papier. Les boulangers pouvaient également utiliser de la farine. Si elle brûlait, le four était trop chaud. Des épis de blé étaient utilisés pour les petits fours de campagne.

Le pain était mis dans le four après que les braises aient été retirées par le boulanger. Elles se seraient incrustées dans le pain et l'auraient rendu impropre à la consommation. Ce nettoyage était réalisé avec une « patouille » ou écouvillon ou vadrouille : un grand manche en bois avec une chaîne à l'extrémité reliée à un sac en toile de jute mouillée. Le boulanger faisait tourner la patouille dans le four et la toile de jute nettoyait le fond et enlevait les braises sur la paroi. Cela permettait également de refroidir le four s'il était trop chaud. Les braises ainsi sorties étaient alors mises dans un étouffoir. Une fois refroidies, elles étaient étalées comme engrais dans les jardins.

Quand toute la braise était enlevée, les pains étaient mis à plat dans le four, les gros derrière et les petits devant. Quand ceux de derrière étaient presque cuits, on les ramenait devant pour qu'ils ne brûlent pas.

Des braises étaient déposées à l'entrée du four pour éviter les déperditions de chaleurs et les ouvertures intempestives du four.

Le 21 juillet 2022, le four a été rallumé avec succès pour la 1ère fois depuis 1968.
Il a fallu 3 gros fagots pour l'allumer. Les photos suivantes témoignent de ce moment mémorable.

Bobby a un peu perdu la main

Mais, en professionnel, il réussit la mise en chauffe

La foule se presse pour voir l'évènement, le maire de Plumaugat au 1er plan

Le four bien gardé

Fier de son œuvre, Bobby est prêt à la défendre

Le site https://www.heubecourt-haricourt.fr/wp-content/uploads/2020/12/2003-Le-four-a-pain-JMONdez.pdf présente des informations complémentaires intéressantes.

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